Journée de l’audition : comment le bruit et le stress déclenchent les acouphènes

A l’occasion de la Journée nationale de l’audition, Pourquoi Docteur publie les bonnes feuilles du livre « Acouphènes : les reconnaître et les oublier », de Sylvie Hébert, publiée aux éditions du Rocher (Extrait 1/2).

« Deux facteurs souvent rapportés spontanément par les personnes acouphéniques comme des déclencheurs ou des facteurs aggravants des acouphènes sont le bruit et le stress.

L’exposition cumulative ou aiguë au bruit qui produit une perte auditive est un facteur de risque connu dans le déclenchement d’acouphènes. L’exposition à un bruit modérément ou carrément fort peut également augmenter son intensité. Cette modulation est habituellement temporaire, en ce sens que l’augmentation de l’intensité revient à la normale après une période plus ou moins longue.

Le stress est aussi souvent décrit comme un facteur déclencheur et aggravant des acouphènes. Plusieurs personnes, en effet, rapportent que leur acouphène est apparu lors d’une période de grande émotion, de choc ou de stress. Chez certaines personnes, l’acouphène est perçu comme plus sévère en période de stress. Pour d’autres, c’est l’acouphène qui crée un stress. Le stress est  donc décrit à la fois comme une conséquence, un déclencheur et un facteur aggravant de l’acouphène.

La réponse physiologique et psychologique au stress est un outil puissant pour faciliter l’adaptation et la capacité à y faire face, ou pour y faire opposition (combattre ou fuir). La mobilisation des ressources – entre autres les hormones associées au stress, le système nerveux autonome et l’attention sélective – permet en effet de fonctionner de façon adaptée dans toutes sortes de situations de la vie, que ce soit pour livrer une présentation orale devant des collègues, pour déménager, pour demander une augmentation de salaire au patron ou pour accompagner un proche chez le médecin. Les sources de stress peuvent aussi être internes, comme une incertitude quant à son avenir ou un discours négatif envers soi-même. Lorsque la situation de stress dépasse les capacités à y faire face, le stress devient nocif et si l’exposition persiste, le stress devient chronique.

Comment évolue l’acouphène en cas de stress

Qu’est-ce qui rend une situation stressante ? Selon l’ensemble des études scientifiques sur le stress, les quatre éléments qui font qu’une situation est stressante sont les suivants : on n’exerce que peu ou pas de contrôle sur elle, elle est imprévisible (on ne peut pas savoir ce qui va se passer), elle est nouvelle et elle menace l’ego (les compétences sont mises à l’épreuve). Plus les éléments sont nombreux, plus une même situation est stressante. L’apparition récente d’un acouphène comme signal interprété de prime abord par le système auditif comme dangereux et l’incertitude quant à son évolution répondent à tous ces critères ou à une partie d’entre eux. Les personnes acouphéniques, surtout dans les premiers temps, vivent une situation totalement inédite (élément de nouveauté) sur laquelle elles ont l’impression de ne pas avoir de contrôle (élément de perte de contrôle). Elles ne savent pas comment évoluera l’acouphène (élément d’imprévisibilité) et ne savent pas si elles auront les ressources pour gérer ce problème (élément de menace à l’ego).

En ce sens, l’apparition d’un acouphène peut déclencher une réponse aiguë et adaptative de stress. La persistance de l’acouphène peut toutefois engendrer une réponse répétée et chronique de stress. Or, le système neuro-hormonal de réponse au stress peut s’épuiser, devenir hypersensible et ne plus être en mesure de faire face au stress de façon appropriée. Les données de notre laboratoire sont compatibles avec l’épuisement de l’axe responsable de la sécrétion des hormones de stress chez les personnes qui ont des acouphènes. »

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